Énergies fossiles : comment varient les prix ?


Lorsque chacun y va de ses petits calculs, lorsque chacun devient expert économique du portefeuille des ménages français, on tombe rapidement sur des interrogations de ce type :

Quand le baril de pétrole était à 150$, on payait le litre de gazole 1,50€
Maintenant qu’il est à 90$, pourquoi ne paye-t-on pas le litre 0,90 € ?

Forcément, c’est la faute du gouvernement (logique !), c’est une nouvelle taxe, c’est la faute des producteurs, des distributeurs - bref, à première vue, ça ne semble en tous cas pas normal ! C’est une idée reçue qui revient très souvent et qui mérite un certain développement et un peu de réflexion - alors autant s’y lancer une fois pour toute. Certes, il y aura quelques graphiques dans ce qui suit, mais, promis, je ne serai pas trop lourd.

Décomposition du prix du carburant

Quelle est la part de taxes dans le prix du carburant à la pompe ? Quelle est la part de pétrole brut ?

La réponse est donnée sur le site de l’ UFIP par un schéma très explicite :



Ce que l’on résume ainsi :

  • Le prix à la pompe est composé de 49% de taxes pour la gazole, 59% pour le sans-plomb (incluant TVA et TIPP) ;
  • Le prix du carburant est composé de 18% de coûts de raffinage et distribution pour le gazole, 8.5% pour le sans-plomb ;
  • Il n’y a que 30 à 33% du prix du carburant à la pompe directement lié au coût du pétrole (”Brent”).

Sur un sans-plomb à 1.30€/litre, le pétrole en lui-même n’intervient que pour 0.43€ !

Influence de l’euro

Évidemment, le prix du baril étant donné en dollars, le taux de change euro-dollar intervient : plus l’euro est fort, moins il est coûteux d’acheter des dollars, donc moins le baril est cher. Voici un graphique reprenant l’évolution de ce taux de change :

Evolution des taux de change euro-dollar


Evolution du prix du baril en dollar et en euros

Pour tous les graphiques, je suis parti des données librement disponibles sur le site de l’UFIP. Ils se limitaient à donner la valeur en $/baril, là où je vous propose le prix en €/baril. Voyez donc l’évolution du prix du brent (pétrole brut de référence au niveau mondial) :

Evolution du prix du Brent en dollars par baril Evolution du prix du brent en euros par baril

La différence entre les deux graphiques - et donc l’influence du taux de change euro-dollar - n’est pas spectaculaire. Lorsque le baril a atteint les 80€, le carburant à la pompe pouvait arriver à 1.51€/litre (sans-plomb 95) dont, conformément à mon calcul précédent, seulement 33% = 0.50€ par litre directement liés au prix du baril.

Lorsque le baril est repassé à 60€ (baisse de 25% du brut), la part du prix du carburant liée au baril (soit 0.50€) a aussi baissé de 25% ce qui représente une baisse de seulement 0.125€ à la pompe* (baisse de 8% du prix du carburant). Il est donc tout à fait normal de ne pas constater une répercussion fulgurante des baisses de prix du pétrole brut à la pompe.

Une idée reçue qui a encore de longs jours devant elle…

(* Remarque importante : le calcul est largement simplifié ; il faudrait faire le calcul en “hors taxes” puisque si le prix HT baisse, les taxes qui s’ajoutent baissent également. En pratique, la baisse représente donc légèrement plus de 0.125€)

Informations et liens

Rejoignez le mouvement en commentant, en suivant ce que les autres ont à dire, ou en faisant un lien vers ce post depuis votre blog.


Autres posts
Réparation d’un câble sous-marin en fibre optique
Boite aux lettres : “la mémoire tout court”

Écrire un commentaire

Prenez un moment pour commenter et nous dire ce que vous pensez. Vous pouvez formater votre texte avec des balises HTML.

Commentaires

Merci pour cette explication. Je ne savais pas que les taxes étaient aussi élevées à la pompe.

Merci pour ces infos!
Heureusement pour mon porte-monnaie que je n’ai pas de voiture :p

Ton porte-monnaie pourrait peut être payer pour ma voiture.

Merci pour cet article, très instructif :-)

Un autre truc m’avait frappé récemment, mais je ne retrouve pas la référence (c’était peut être à “C dans l’air” sur la 5) : à l’extraction d’un baril de brut, on ne peut pas en faire ce qu’on veut, seul 30% du volume (de tête) pourra devenir du gazole, tant de % du sans plomb, tant du kérosène, etc. Si tu as des références là-dessus, ça m’intéresse, je n’ai rien trouvé en survolant le site de l’IFUP.