Cycle de vie des rencontres
Nouveau lieu de travail, nouveaux voisins, amis d’amis : aujourd’hui, vous rencontrez quelqu’un, en vrai ou par internet.
Vous commencez à lui parler de tout et de rien, du temps et de votre trajet quotidien, de votre travail : des banalités sans importance, qu’il (ou elle) aura bien vite oubliées.
Puis vous commencez à parler de votre parcours, de vos études, de vos amours : plus généralement, de votre vie, de ce que vous avez vécu, de vos expériences - et beaucoup de ce qui vous met en valeur, forcément, ou du moins ce à quoi vous souriez aujourd’hui.
Par la suite, vous osez échanger certains points plus personnels : comment vous avez vécu votre dernière rupture, ce que vous pensez de votre ami(e) actuel(le), comment vous voyez votre futur. En parallèle, vous commencez aussi à le (ou la) connaître. Découvrir quelqu’un est une activité passionnante, même si elle demande un temps certain. Savoir que quelqu’un nous écoute, que quelqu’un nous fait confiance, est valorisant.
Parfois vous en dites plus, parfois c’est lui (ou elle). Tout dépend de savoir si vous aimez écouter les gens raconter, ou si vous préférez parler vous-mêmes. Souvent, de toute façon, vous n’arrivez même pas à cette étape.
Et puis un jour, vous savez tout l’un de l’autre - ou du moins assez. Vous n’avez plus vraiment grand-chose de passionnant sur votre vie à raconter (pour peu que le reste l’ait été), et vous revenez vers des discussions plus classiques : des mises à jour de sujets que vous aviez déjà abordés, ou la fabuleuse histoire de votre journée de travail.
Et s’il n’y a plus rien de nouveau, s’il vous n’avez plus rien à partager, s’il n’y a plus de sujet qui vous donne particulièrement envie d’aller lui parler, vous commencez à vous voir de moins en moins, à discuter de manière plus occasionnelle.
Plus ces occasions se font rares, moins vous vous “souvenez”, littéralement, de ce que vous lui avez dit la fois d’avant. Zut, je t’ai déjà raconté ça ? Ah, non, ça, oublie, trop long de revenir sur le début de l’histoire. “Et sinon, toi, ça va ? Ouais, moi aussi. Non, rien de neuf”. C’est à ce moment là que vous vous déportez vers d’autres choses, vers d’autres personnes, et qu’il vous faut de plus en plus de temps pour trouver des idées de conversation avec la personne en question.
Après l’oubli de ce que vous avez raconté, arrive l’oubli de ce qu’elle a bien pu vous dire. “Il faisait quoi dans la vie, lui, déjà ?“. N’osant pas lui re-poser ces questions, vous évitez tout sujet de cet ordre, jusqu’à ce qu’il n’en reste plus aucun.
Et puis, plus rien.
Alors, quelques années après, vous vous souvenez des bons moments que vous avez passés, et cette personne commence à vous manquer. Ah, le bon vieux temps ! Et, au hasard d’un appel, d’un message, d’une conversation, vous reprenez contact, vous vous demandez ce qu’elle peut bien penser de votre tentative de lui parler, vous guettez sa réaction, et, généralement, arrêtez bien vite, déçu qu’elle n’arrive pas à la cheville du souvenir que vous aviez finalement beaucoup exagéré.
Mais vous ne désesperez pas pour autant : parfois, cela fonctionne ; parfois, il est possible de recommencer à discuter. Le temps est d’une grande aide : il a fait s’effacer les pires choses que nous avons pu nous reprocher…



Wow, en un sens, ça sonne si juste que je préfèrerais n’avoir pas lu ça. Je préfère croire qu’arrivé à tout savoir de l’autre, ou presque, on peut toujours trouver matière sur le quotidien, ses rêves, projets.. On dirait une fuite en avant comme ça, mais je refuse (surtout en ce moment) de croire que mes relations se résumeront à un cycle assez inéluctable vers l’éloignement et l’oubli. Enfin… Mes deux centimes :-)